Poésie Usine... 1920
Usine 1920
Auteure Marie-Antoinette VENET
D'hiver ou d'été, pour l'ouvrier,
Les matins sont toujours merveilleux... d'espoir.
La nuit a réparé tous les maux de la veille
Et l'ouvrier se sent... homme,
Indépendant et libre
Comme aux premiers matins du monde.
Pourtant, avant même de donner une forme à son espoir,
Une lumière à son coeur,
Il faut très vite commencer la journée toute neuve
Par l'esclavage du pain quotidien.
Un matin..., d'hiver,
L'ouvrier... jeune adolescent,
Attend l'ouverture des portes de l'usine
Le coeur lourd...
Plombé d'amertume et de désespoir.
Pour ne pas entrer dans la « boite »
Il souhaiterait n'importe quoi...
N'importe quoi qui ne dépend pas de lui...
Même une catastrophe,
Une catastrophe qui l'emmènerait
n'importe où, même à l'hôpital
mais pas à... l'usine...
enfin, au moins un évènement
qui le libèrerait des machines,
du bruit, de la crasse chargée d'huile...
Pas le moindre évènement.
rien ne survient pour alléger,
Sinon pour sauver son coeur.
Cette attente devant l'usine...
Est dur et douce a la fois,
Elle contient les dernières minutes de liberté,
Elle contient aussi une fringale d'espoir fou
Comme si ces minutes pouvaient contenir
Un impossible indéfinissable... et libérateur...
Puis c'est l'heure,
Il faut rentrer à nouveau,
Baisser la tête, rentrer les épaules, raser les murs,
Sentir ce malaise vertigineux
De l'homme qui se dépouille
De son coeur, de son esprit,
De ses espoirs, de sa liberté
Et qui se sent aspiré par le gouffre,
Vaincu et dominé,
Attaché à la machine par la ceinture de cuir.
Implacable destin des pauvres
Qui, pour subsister,
Doivent renoncer au plus petit espoir
Et surtout ne pas sombrer dans la révolte.
Ceux qui ont pu garder leur coeur
N'ont droit qu'à l'amertume...
Ceux qui ont encor un esprit critique
N'ont droit qu'au sacrifice.
À l'heure dite
La machine impassible
reçoit un adolescent vaincu
Inhumainement triste.

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